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La pression pour les interventions durant la grossesse

La pression pour les interventions durant la grossesse

23 octobre 2010

Estimation du temps de lecture: 7 minute(s)

Ah ! La grossesse ! Ces neuf mois de plénitude où nous nous préparons tranquillement à accueillir bébé, dans toute la simplicité du monde… Si seulement cette phrase pouvait être vraie ! À la place, les 40 semaines de grossesse ressemblent trop souvent à un marathon d’interventions médicales destinées à s’assurer qu’on aura le plus beau et le plus parfait bébé du monde. Je ferai ici un tour d’horizon de ces différents tests (sans prétendre tous les connaître) et j’en donnerai mes impressions.

Aussi tôt qu’après six ou sept semaines de grossesse, il nous est possible de faire ce qu’on appelle une échographie de datation. Cela nous permettrait de connaître avec « précision » notre date prévue d’accouchement. Honnêtement, je n’ai jamais trop compris à quoi ça sert ! Il me semble que, si tôt dans la grossesse, on a quand même une bonne idée de la date conception…non ?

Éliminer les trisomies de notre radar à anomalies nous donne une fausse assurance que notre bébé sera parfait, alors qu’il y existe des milliers d’autres maladies qu’on ne peut prévenir !

Ensuite, vient le fameux prénatest, autour de 12 ou 13 semaines. Ce test consiste en une échographie et une prise de sang servant à calculer les probabilités d’avoir conçu un enfant trisomique. Si la pression pour l’échographie de datation n’est pas si forte, celle pour le prénatest l’est énormément ! Les résultats de cette échographie se présentent sous forme de probabilités qu’on doit comparer à celles correspondant à notre groupe d’âge. A-t-on plus ou moins de chances d’avoir un enfant trisomique que les femmes appartenant à notre groupe d’âge ? Si on a plus de chances, alors bingo, on suggère fortement de passer à la seconde étape, soit l’amniocentèse. Ce test consiste à retirer du liquide amniotique à l’aide d’une seringue, pour ensuite produire le caryotype de l’enfant à naître. D’emblée, mentionnons que cette intervention comporte des risques de fausse couche. De plus, fait non anodin, l’amniocentèse est pratiquée à 17 ou 18 semaines de grossesse, ce qui fait en sorte que les résultats sont connus aux alentours de 20 semaines. Alors que la femme sent très probablement son bébé depuis déjà quelques semaines, elle doit se demander si elle désire interrompre la grossesse en cas de trisomie avérée.

Ces interventions visent à détecter la trisomie 21 et la trisomie 18. On peut se poser la question à savoir pourquoi ces deux anomalies en particulier. On pourrait croire que cela témoigne d’un désir d’éliminer ces deux anomalies, ce que je trouve très irrespectueux pour les gens qui en sont atteints ! De plus, il est à noter que lorsque les résultats de l’échographie sont « positifs » (moins de chances d’avoir un enfant trisomique que les personnes de notre groupe d’âge), cela n’exclut quand même pas la possibilité d’une trisomie. La probabilité est très faible, mais il reste quand même une chance…De plus, éliminer les trisomies de notre radar à anomalies nous donne une fausse assurance que notre bébé sera parfait, alors qu’il y existe des milliers d’autres maladies qu’on ne peut prévenir !

Si la hauteur utérine a le malheur de ne pas correspondre aux chartes établies, la pression sera intense pour que la femme enceinte subisse une échographie afin de contrôler un éventuel retard de croissance.

Alors qu’il était auparavant seulement suggéré aux femmes âgées de plus de 35 ans, ces mesures deviennent la normalité pour toute femme devenant enceinte, et celles qui les refusent se font poser toutes sortes de questions quant à leur réaction si jamais leur bébé était trisomique…

Je me rappelle qu’à ma première grossesse. J’étais obsédée par le fait de n’avoir pas fait ce test. Et si bébé était trisomique, et si, et si, et si…Heureusement, j’ai eu le temps de mûrir ma réflexion pour ma deuxième grossesse et, en fait, la question ne s’est même pas posée : il était évident que je ne ferais pas ce test !

dreamstimefree_7497736 Ensuite, vient la fameuse échographie morphologique, aux alentours de 20 semaines de grossesse. Cette échographie est également appelée « écho de routine ». C’est tout dire ! Lors de cet examen, on mesure différents membres du bébé pour évaluer l’âge gestationnel et pour s’assurer que tous les organes sont complets et en place. Les parents attendent habituellement cette échographie avec empressement, car c’est alors le moment de connaître le sexe ! Lorsqu’on décide de refuser cette échographie pour des raisons de précaution (par rapport aux ultrasons), on est souvent très mal perçu par son entourage. « Ben, voyons ! La technologie est là, pourquoi ne pas s’en servir ?! ». La pression est forte pour cette échographie, car elle permet, entre autres, de rassurer le professionnel de la santé qui assure le suivi de grossesse.

Ensuite, vient le fameux test pour le diabète de grossesse. Malgré le fait qu’autant le test que la maladie soient controversés parmi la communauté médicale, il est très fortement suggéré de passer ce test, qui, en plus d’être très imprécis, est à mon avis très invasif pour la mère et pour le bébé. Les valeurs limites du test varient d’un hôpital à l’autre, ce qui fait en sorte que deux femmes ayant obtenu le même résultat pourraient avoir – ou pas – à se rendre la deuxième étape. Les réactions face au refus de faire cette procédure sont très émotives ! Cependant, la plupart des gens ne savent même pas que même la SOGC considère que c’est aussi correct de faire le test que de ne pas le faire. Il fera sûrement l’objet d’une future chronique.

En plus de tous ces tests qualifiés de routine, le professionnel de la santé assurant le suivi de la grossesse insiste souvent pour intervenir quand le suivi ne se déroule pas nécessairement il le souhaiterait. Si la hauteur utérine a le malheur de ne pas correspondre aux chartes établies, la pression sera intense pour que la femme enceinte subisse une échographie afin de contrôler un éventuel retard de croissance. Or, ces chiffres de hauteur utérine sont loin d’être des références absolues.

L’ACOG (American College of Obstetricians and Gynecologists) recommande de ne pas interférer avec la grossesse avant qu’il y ait 42 semaines de complétées.

Finalement, la fameuse date prévue d’accouchement (dpa). Si on dépasse un peu trop le terme, on sera énergiquement incitée à subir des monitorings fréquents ou des échographies pour contrôler la quantité de liquide et l’état du bébé. Or, cette date est à mon avis trop souvent prise pour une date d’expiration plutôt qu’une date approximative d’accouchement. À cet effet, je vous suggère un article très intéressant. À partir de 41 semaines, la pression sera à son comble pour une induction artificielle. Pourtant, l’ACOG (American College of Obstetricians and Gynecologists) recommande de ne pas interférer avec la grossesse avant qu’il y ait 42 semaines de complétées[1]. Quand on sait quelles conséquences négatives peut avoir une induction artificielle, on s’abstient le plus longtemps possible.

Lorsque notre philosophie par rapport à la grossesse est d’être le moins interventionniste possible et de prôner le principe de précaution par rapport à toutes ces interventions et leurs possibles effets secondaires, il n’est pas toujours facile de rester solide face à cette pression omniprésente ! Les commentaires fusent de toutes parts à propos des possibles conséquences sur le bébé qu’implique le fait de ne pas faire ces tests. Il est souvent très difficile de faire comprendre son point de vue par rapport à l’autre côté de la médaille, soit les possibles conséquences sur le bébé et la mère de faire ces tests. Si vous n’êtes pas sûrEs de la pertinence d’un ou de plusieurs tests, je vous suggère fortement de vous informer et d’en discuter avec d’autres personnes. Une personne documentée et sûre d’elle aura bien moins de difficulté à convaincre un professionnel de la santé récalcitrant du caractère bien fondé et éclairé de ses décisions.

Bonne chance dans votre processus décisionnel et bonne grossesse !


[1] http://www.drmomma.org/2009/06/lie-of-estimated-due-date-edd-why-your.html

Cynthia Roy
Simon, ingénieur, Cynthia, maman à la maison, Lily, petite fille pleine de vie de 2 ans et demie et bébé en formation, dont la naissance est prévue aux alentours du 23 octobre. Nous mordons dans la vie et essayons de grandir ensemble à chaque occasion qui nous est donnée. 

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