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Jacynthe René, Respirer le bonheur.

Jacynthe René, Respirer le bonheur.

18 mars 2012

Estimation du temps de lecture: 8 minute(s)

 

12 février 2012, en soirée. Je vois apparaître, dans les médias sociaux, plusieurs statuts à propos du passage de Jacynthe René à l’émission Tout le monde en parle. Piquée par la curiosité, je regrette de ne plus avoir la télé pour être témoin de son entrevue qui ne laisse indifférentes mes amies mères. Je me rabats donc sur les commentaires. La plupart se réjouissent de ses propos, d’autres en revanche critiquent son style de vie, peu représentatif de la réalité. Sans épargner sa candeur de femme au foyer.

Ce n’est que le lendemain que je découvre le plaisir que j’ai à l’écouter parler. Car oui, c’est un discours rafraîchissant que tient la jolie dame. Un discours que l’on entend trop peu souvent, à propos des soins aux enfants. Me remémorant les critiques, je suis médusée à l’idée que l’on puisse trouver ses propos culpabilisants. Comment se peut-il qu’une simple remise en question et que de profondes convictions puissent rendre des critiques si venimeuses? C’est un regard éveillé sur notre société que pose Jacynthe. Nos actions et nos comportements vis-à-vis les enfants sont symptomatiques d’un plus grand malaise, tel un diagnostic d’anxiété généralisée. J’ai voulu en connaître davantage sur la messagère qu’est Mme René. C’est pourquoi j’ai parcouru son tout récent livre Respirer le bonheur et que je lui ai lancé un appel, auquel elle a répondu avec beaucoup d’ouverture.

***

L’enfance et l’éducation semblent prendre une grande part dans ta vie. Comment t’es-tu découvert ces intérêts? Est-ce que cela a été une révélation lors de la naissance de ton premier enfant?

Oui, cela a été une révélation. Avant d’être maman, on peut imaginer des choses mais on n’a pas encore vécu tous les sentiments qu'entraîne la maternité. Lorsque j’ai eu mon premier garçon, tout était nouveau pour moi et je me suis découverte comme une maman voulant être très près de son enfant. Je voulais être à la maison avec lui. C’était clair. Et lorsque Louis a eu trois ans, je me suis mise à réfléchir à l’école à laquelle j’allais l’envoyer. Je ne trouvais rien qui correspondait à mes valeurs sur l’éducation. C’est là que je me suis mise à imaginer une école alternative. J’ai fait les démarches auprès de la commission scolaire, j’ai rassemblé d’autres parents qui voyaient les choses de la même façon que moi. C’est-à-dire qui souhaitaient une implication des parents en classe, des apprentissages par le jeu, une école qui respecte le rythme de chaque enfant et non qui les pousse toujours à la performance, en tentant de les normaliser. Finalement, le processus de la mise sur pied de l’école a pris trois ans.

 

Est-ce que des livres sur le sujet t’ont inspirée au cours de ce processus?

Pas précisément. Par contre, je me suis bien sûr documentée sur le sujet. En fait, je me suis intéressée aux écoles alternatives avant même d’avoir des enfants. Je trouvais cela beau, ouvert sur le monde. Le fait que ces écoles visent davantage à développer des qualités de vie que des qualités académiques m’a vraiment charmée. De plus, comme les parents sont beaucoup plus impliqués que dans les écoles traditionnelles, les enfants peuvent profiter de leurs forces, de leurs connaissances, de leur savoir-faire. Ce sont des atouts additionnels. C’est très intéressant.

 

Comment décris-tu ton livre Respirer le bonheur?

Respirer le bonheur comporte trois chapitres sur les enfants et un sur l’école. Le reste du livre porte entre autres sur le couple, le plaisir et l’alimentation. Certains m’ont dit qu’ils ne se sentent pas interpellés par mon livre car mon style de vie parait hors du commun. Cependant, c’est un livre qui regroupe des idées pour tout le monde, en les adaptant aux façons de vivre de chacun. Ce sont des idées de société. Ça ne s’adresse pas à une classe ou à un type de personne en particulier. D’ailleurs, plusieurs personnes de tous les genres et de tous les âges m’ont écrit. Et si mon livre peut apporter de nouvelles perceptions, ouvrir des esprits, c’est ce qui m’apporte satisfaction.

Dans nos vies, souvent, on ne sait même pas pourquoi on court. On va d’un bord et de l’autre, mais est-ce vraiment ça le bonheur? C’est ça la question du livre finalement. Est-ce que l’on est heureux? Est-ce que l’on est à la bonne place dans sa vie? Est-ce que ceux qui nous entourent sont heureux?

Et le message le plus important que je voulais passer aux mamans, c’est écoutez-vous, arrêtez de suivre les autres (et ne me suivez pas non plus!), faites juste vous écouter, oubliez tout ce qu’on vous dit, cessez de suivre un courant même si il ne vous correspond pas.

 

Oui, car plusieurs se sentent parfois perdus à travers tous les avis. De là l’importance de trouver sa voie.

Exactement. Et lors de mon passage à Tout le monde en parle, le focus a été mis sur la question du travail et des garderies. Je suis parfaitement consciente que la réalité de la majorité est de devoir travailler et de laisser ses enfants soit à un membre de la famille ou à quelqu’un d’autre. Et je les admire! Par contre, il y a un drame que je trouve très présent dans notre société, c’est la façon dont les enfants sont brusqués, bousculés par nos obligations. Le lien d’attachement et la sécurité émotive sont très importants. Lorsqu’un enfant passe la majeure partie de son temps avec plusieurs éducatrices en rotation au cours de ses premières années de vie, il y a un lien d’identification qui se fait difficilement. Et ces enfants là, vers l’âge de cinq ans, se retrouvent perdus. Il y a eu diverses études là-dessus et peu de gens en parlent. On parle des éducatrices, on parle des gens qui n’ont pas le choix, mais peu parlent de ces enfants qui sont sur-stimulés, angoissés. Ils ont un véritable programme à suivre. Et les parents paient, ils s’attendent donc à ce que leurs enfants fassent tout plein de choses en service de garde.

Par exemple, il existe un orphelinat en Hongrie, l’institut Pikler, qui depuis 60 ans prend soin des enfants d’une façon bien différente. Oui, les enfants sont stimulés, mais à l’aide de massages, de contacts entre humains, et non par des jouets qui font du bruit. Tout le monde s’accorde du temps. Le développement de chacun est respecté. Les enfants n’ont pas besoin d’être constamment divertis ou dirigés par un adulte. C’est un environnement paisible. Et malgré la situation difficile de ces petits, ils arrivent à se développer harmonieusement, sans devenir des «cas à problèmes». Cet exemple amène beaucoup de gens à se questionner.

 

On les sur stimule et de plus, on fait tout pour favoriser leur autonomie très tôt, trop tôt en fait. Qu’en penses-tu?

Je suis pour l’autonomie! Mais à six ans, pas à six mois. Laissons les enfants être enfants, les bébés être bébés. On leur impose nos désirs de performance, notre horaire. On leur demande d’être en interaction continuelle avec d’autres, et en plus, ils sont la plupart du temps entre quatre murs. Nous-mêmes, les adultes, vivrions ça difficilement!

Le manque d’activités extérieures est la source de bien des maux. Les enfants devraient passer du temps à courir dehors, s’amuser simplement avec un bâton et se perdre dans leur imagination... http://fondationeden.com/

 

Pour terminer, Jacynthe, quelle est une journée typique chez toi?

Il n’y a pas de journée type chez moi. Je me lève et je ne sais pas ce que je vais faire. J’ai un agenda pour certaines activités professionnelles, mais le reste du temps, je suis le courant et le synchronisme qui s’installe. À prévoir ce que l’on va manger jeudi prochain, on empêche la spontanéité et la magie du moment d’apparaître.

 

Merci Jacynthe de nous avoir accordé ce temps!

Merci à toi!


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Pour les lectrices qui aimeraient s’initier aux exercices dansés, avec bébé, Jacynthe René propose ses DVD Danse Exercice. Deux d’entre eux incluent les enfants et le troisième ne s’adresse qu’aux adultes. Ces exercices à faire accompagné de jeunes enfants ont été approuvés par des pédiatres, qui les jugent très bénéfiques pour le tonus des bébés et des bambins. Les DVD sont en vente partout. Vous pouvez aussi les commander depuis son site web, www.jacyntherene.com, ou encore la page Danse Exercice sur Facebook. De cette façon, c’est Jacynthe qui les expédie en les accompagnant d’un petit mot personnel.

Danse exercice avec Jacynthe René et Julio Hong!, Productions Chalou.

 

Respirer le bonheur, éditions Publistar, Jacynthe René

Marianne Garnier
Maman d'une fillette de 4 ans, je m'intéresse au genre humain à travers les sciences sociales, l'éducation et les arts. Formée en communication et bientôt bachelière en administration des affaires, je me suis spécialisée en conciliation emploi-famille et en sociologie du travail afin d'établir une approche plus humaine dans les entreprises. Mordue par la maternité, je possède également une formation de marraine en allaitement. J'ai d'ailleurs réalisé plusieurs travaux universitaires sur l'aspect sociétal de l'allaitement en Occident. Je pratique le parentage de proximité et je vis à la campagne.

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