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Perdus sans la nature, entrevue avec François Cardinal

Perdus sans la nature, entrevue avec François Cardinal

23 novembre 2010

Estimation du temps de lecture: 5 minute(s)

 

François Cardinal est journaliste et éditorialiste à la Presse, il a publié, aux Éditions Québec-Amérique: Perdus sans la nature - Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier. Il nous accorde ce mois-ci une entrevue sur les enfants et le temps qu'on leur accorde à jouer dehors.

 

- Vous êtes père d’un garçon. Tout au long de la rédaction de votre livre, avez-vous vous-même changé votre façon d’être avec votre fils ?


Oui, tout à fait ! De manière très concrète. J’ai changé certaines habitudes, par exemple, après avoir lu des dizaines d’études sur l’organisation excessive des activités de nos enfants : quand ils ne sont pas à l’école ou au service de garde, ils sautent très souvent d’un moment encadré à un autre. Et quand ils s’adonnent à une activité physique, c’est entre quatre lignes peintes au sol, en suivant des règles bien précises, ce qui les prive d’une liberté essentielle à l’enfance.


J’ai donc cessé d’amener mon garçon de six ans au parc où il avait ses habitudes, où il jouait la plupart du temps dans un module de jeux en suivant les règles non écrites : il se balançait dans la balançoire, glissait dans la glissoire, etc. Plutôt, nous avons commencé à fréquenter un parc où il n’y avait aucune infrastructure, simplement un espace vert. Tout à coup, j’ai vu la créativité et l’imaginaire de mon fils se révéler : la branche devenait une épée, la base d’un sapin se transformait en tanière, l’arbre servait à grimper…

 
- Vous affirmez qu’un des éléments déclencheurs qui vous a inspiré le thème de votre livre est les rues désertes d’enfants que vous avez découvertes lorsque vous avez déménagé en banlieue. Pensez-vous qu’il est possible, maintenant, de renverser ce processus et d’inciter les enfants du quartier à jouer ensemble dehors ?

Oui, je crois qu’il est tout à fait possible de renverser la vapeur et de ramener nos jeunes à l’extérieur. Je préconise, personnellement, une réappropriation du quartier, abandonné trop souvent au profit des autos. Il est possible de déposer des cônes dans la rue, de multiplier les équipements (panier de basket, filets de hockey) offerts à tous les voisins, d’organiser des fêtes de rue, etc.


Parallèlement, pourquoi ne pas redécouvrir les vertus du bon voisinage ? Car l’effritement des liens entre voisins participe certainement à la perte d’autonomie de nos enfants, qui ne sont plus libres de leurs mouvements à l’extérieur, comme nous à une autre époque.

 
- Lorsque j’étais monitrice dans un camp de jour, on nous interdisait de laisser les enfants jouer dans les parcs. En fait, les parents se plaignaient dès que leur progéniture avait cinq minutes de libres. Qu’est-ce qui pousse le parent d’aujourd’hui à vouloir tant occuper ses enfants ?


La société de performance dans laquelle nous vivons tous. D’un côté, nous travaillons plus que jamais, ce qui réduit le temps passé en famille. Nous tentons donc de nous rattraper en maximisant notre efficacité, en organisant chaque heure passée avec nos enfants. De l’autre côté, nous ressentons une pression sociale énorme quant à l’avenir de nos jeunes. Nous voulons donc leur donner tout ce qui peut les aider plus tard, ce qui implique une stimulation de tous les instants. Or, les enfants encadrés à l’excès deviennent bien souvent des adultes timorés, moins sociables, moins débrouillards et autonomes.


- Que suggérez-vous aux parents pour qu’ils apprennent à laisser aller leurs enfants, à se risquer à moins de surveillance ?


Je propose la réintroduction dans la vie de nos enfants d’un certain danger, tout relatif. Car nous sommes passés, en une génération, de la « prévention » à la « précaution » : à l’enfant qui monte dans un arbre, on disait jadis « fais attention »; aujourd’hui, on lui crie « ne monte pas dans l’arbre » ! Or, l’apprentissage par essais et erreurs, essentiel pour un enfant qui grandit, implique une certaine expérimentation du monde qui l’entoure.


Je vous donne un exemple bien précis. On revient parfois de l’école, mon fils et moi, en train de banlieue. Une fois à la gare, on a le choix de prendre à droite ou à gauche pour se rendre à la maison. Un jour, l’an dernier, j’ai proposé à mon fils de choisir son chemin, et moi, j’ai pris l’autre. Ainsi, fiston revenait à la maison seul, du haut de ses 5 ans. Il a eu une petite frousse, mais une fois cela passé, vous auriez dû voir la fierté qui brillait dans ses yeux…


Si on souhaite faire des grands de nos petits, je crois qu’il faut leur permettre de se confronter à leur peur… et de jouer dehors !

 


- En terminant, un souhait pour les enfants d’aujourd’hui ?


Un souhait tout nostalgique : qu’ils aient le droit de s’épanouir à l’extérieur en toute liberté, comme nous, à une autre époque. Car au-delà du constat anecdotique, il faut savoir que le déclin marqué du jeu à l’extérieur, non structuré et peu surveillé, est directement lié aux problèmes d’agitation, d’attention et d’hyperactivité que l’on observe de plus en plus chez les jeunes.

Caroline Mayrand
Mère de deux enfants, je possède une formation d'éducatrice à l'enfance et en administration. Entrepreneur dans l'âme, un projet n'attends pas l'autre et c'est avec plaisir que je partage avec vous le travail de plusieurs parents: Parentzie. C'est mon oasis, le coeur de mon web. On y parle de la famille comme un tout et comment elle peut se développer de façon harmonieuse dans son environnement. Au plaisir!

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